Corrida

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Le rituel, quand il offre un espace de liberté, un souffle de sensualité. La Corrida est une des situations européennes qui nous permet à la fois de replonger dans les fêtes et fastes d'antan (souvent, il faut bien parler de folklore et partimoine...) et de nous retrouver face à notre animalité, à notre sexualité aussi. Retrouver sa puissance masquée par le jeu du social, affirmer un désir qui se voudrait bien universel... Au-delà des images évidentes (mise à mort -symbolique- des acteurs enfermés dans l'arène, pression -sonore- insupportable du public …), Sophie Mathey et Irénée Panizzi ont tissé une fantastique toile, mettant en scène une étrange (mais sans doute constante, on l’oublie) réalité des rapports féminins masculins. Distance et proximité des corps et des esprits. La tension est tenue, continue, les séquences se suivent apportant leur violence et leur sensualité propres. C'est l'arène des mythes anciens et modernes, aussi bien le labyrinthe que la quête d'un (ou d'une ?) Ulysse perdu dans un cabaret de deuxième zone. La sueur de l'humanité, son sang sont exposés sans vulgarité, la mort est présente, comme chez Picasso ou Bunuel. Cette pièce n'est cependant pas espagnole, même s'il faut souligner la justesse des références. Elle tend à l'universalité, comme dans l'œuvre des maîtres ici évoquée. La toile devient très vite cinématographique, alors que c'est peut-être Marlène (la lumière...) que l'on rencontre plutôt que Carmen... Les trois interprètes exposent leurs âmes plutôt que leurs corps. Quand soudain, le drame se noue (ou se dénoue), que le sens disparaît au profit d'une sensation inédite (admirons la musique globale de Dominique Clément qui apporte aux tableaux le frison qui convient à cette aventure romantique et ... analytique). Vous pouvez sortir de la niche votre chien andalou et votre éventail. Cette toile n'est pas d'araignée, même si les personnages luttent contre un étrange destin,...celui de leur humanité. Notre rêve de la danse est sur l’écran que les acteurs (réels ou imaginés) ont transpercé... les fantômes de l’opéra traversé par la guerre... par l’homme.

Dominique REPECAUD

Chorégraphie Sophie Mathey
Danseurs Mélisande Carré, Sophie Mathey,Irene Panizzi, Philippe Reinaldos
Musique: Dominique Clément
LumièreThierry Capéran
Costume : Eugenia Piémontese
Son : Alain Brasseur
Coproduction: CCAM, Scène Nationale de Vandoeuvre-lès-Nancy, Cie Picomètre
Avec le soutien de la Drac Lorraine, du Ministère de la Culture et de la Communication (aide au projet et commande musicale) de l'E.N.M.D d'Evry