Sirène si roi

D'après H.C Andersen

Vouée à un amour silencieux, exclue du monde des humains, la Petite Sirène tire son fantasme à la traîne de ses jambes- poignards. Course éperdue d’un désir sans retour. Avec cinq danseurs et un comédien, la compagnie Picomètre exploite le matériau du corps en l’alliant au récit, faisant cohabiter le geste et la parole, le monde du dessous et celui du dessus. Pour traduire toute l‘intensité du récit, les danseurs incarnent des situations, des émotions, plutôt que des personnages. Un comédien prend en charge l’histoire. Lui seul peut attribuer des rôles et construire à partir d‘objets qui apparaissent par séquences un petit théâtre miniature, ce lieu mobile où naît le conte. Sirène : échos de nos doutes et de nos questionnements. « Sirène si roi » propose une version du conte élaborée à partir des échos que provoquent en nous les péripéties de son héroïne. Le spectacle préserve la trame la plus profonde du récit mais s’émancipe de la construction linéaire du texte. Créature marine, porteuse d’insouciance, remplie d’un espoir puissant en l’autre, elle attend un futur rêvé. Un refus brutal répond à son désir. Le monde qu’elle découvre n’est ni conforme ni à la hauteur de cette attente. Sa quête est aussi un parcours initiatique, métaphore du passage de monde de l’enfance à celui de l’adulte. Le tragique pour notre héroïne est qu’elle appartient à un autre monde. Le fait que l’intégralité de son être ne relève pas de l’espèce humaine renforce le trouble : tyrannie des apparences, mutilation sanglante, rejet et mépris sera le lot de la sirène. Pas de doute que de telles aspirations sont en phase avec nos propres questionnements. Pas de doute que tels sentiments nous hantent et sont au coeur de l’humain. Changer en épopée l’invention d’un langage. Cette version en images de l’histoire de Andersen distord le temps et se permet des digressions. Les ressorts du conte sont traités à travers deux lieux de représentations où se nouent et se dénouent le récit. Le premier lieu est celui où les danseurs prennent en charge le spectacle, en traduisant par le langage du corps les situations, les affects qui traversent le récit. Il n’y a pas d’incarnation des personnages, pas d’attribution de rôles. Ce lieu peut évoquer le fond marin ou le monde terrestre selon les scènes. Il permet aux danseurs de retranscrire avec leur corps et leurs mots les thématiques qui traversent le spectacle. Le second lieu est celui du théâtre, il a une forme réduite et mobile. Il peut apparaître et disparaître selon les scènes. Il se construit à partir d’objets. Lorsqu’il est présent sur le plateau, il n’a pas une place attitrée. C’est le lieu à partir duquel le comédien nous raconte l’histoire, et dans lequel les personnages sont rendus visibles aux spectateurs.

 

Chorégraphie : Sophie Mathey
Danseurs : Baptiste Bourgougnon, Mélisande Carré, Sophie Mathey, Philippe Reinaldos
Comédien : Philippe Borrini
Texte : Hans Christian Andersen, Sophie Mathey
Lumière : Isabelle Picard
Costumes : Anne- Marie Prunet et Cie Picomètre

Avec le soutien du Conseil Général de l’Essonne,. Résidence de création au Théâtre de bligny ( Briis-sous-Forge )